Une étude multicentrique française démontre l’efficacité des thérapies sonores chez les patients souffrant d’acouphènes chroniques et d’une perte auditive légère
L’Association Francophone des Équipes Pluridisciplinaires en Acouphénologie (AFREPA) est fière d’annoncer la publication d’un essai clinique multicentrique, randomisé, contrôlé par placebo et réalisé en double aveugle, évaluant l’efficacité des thérapies sonores chez les personnes souffrant d’acouphènes chroniques invalidants associés à une perte auditive légère.
Publié dans la revue Scientific Reports, cet essai constitue l’une des études les plus rigoureuses réalisées à ce jour sur les thérapies sonores destinées aux personnes atteintes d’acouphènes.
L’étude a été promue et coordonnée par l’AFREPA (regroupant des professionnels spécialisés dans la prise en charge des patients acouphéniques) menée dans six centres experts français spécialisés dans l’évaluation et la prise en charge des acouphènes :
- Centre/Équipe de Toulouse
- Docteur Marie-José Fraysse (Médecin ORL)
- Docteur Alexandra Weckel (Médecin ORL)
- Paul Viudez (Audioprothésiste)
- Centre/Équipe de Bordeaux
- Docteur Damien Bonnard (Médecin ORL)
- Matthieu Del Rio (Audioprothésiste)
- Centre/Équipe de Lyon
- Professeur Hung Thai-Van (Médecin ORL)
- Docteur Pierre Reynard (Médecin ORL)
- Florine Liegeon (Audioprothésiste)
- Stéphane Gallego (Audioprothésiste)
- Centre/Équipe de Nantes
- Docteur Christine Holer-Houdoux (Médecin ORL)
- Valérie Villatte (Audioprothésiste)
- Centre/Équipe de Paris
- Docteur Michel Kossowski (Médecin ORL)
- Docteur Alain Londero (Médecin ORL)
- Docteur Marie-José Fraysse (Médecin ORL)
- Hervé Bischoff (Audioprothésiste)
- Corinne Essebag (Audioprothésiste)
- Centre/Équipe de Lille
- Docteur Vincent Loche (Médecin ORL)
- Ophélie Lépingle (Audioprothésiste)
- Chercheurs associés au projet
- Philippe Fournier (Université de Laval, Canada)
- Arnaud Norena (Université de Marseille, France)
Au total, 145 participants présentant un acouphène chronique invalidant évalué par des auto-questionnaires et une perte auditive légère évaluée par un bilan audiométrique, ont été recrutés et répartis aléatoirement dans l’un des trois groupes suivants :
- Appareillage avec amplification placebo
- Appareillage avec Générateur de sons
- Appareillage avec Combinaison générateur de sons et amplification auditive
Le protocole était fixe les 6 premières semaines et offrait aux 2 groupes actifs les 6 semaines suivantes la possibilité de choisir le programme amplification seule, générateur de sons seul ou programme combiné.
Il est important de souligner que cette prise en charge concernait des patients ayant bénéficié d’une évaluation spécialisée au sein de centres experts, présentant une gêne significative liée à leurs acouphènes et ayant reçu des explications sur les différentes options thérapeutiques disponibles. La thérapie sonore évaluée dans cet essai s’inscrivait dans une démarche globale de prise en charge identique et homogène pour tous les centres et de suivi individualisé.
Après douze semaines de traitement, les participants bénéficiant d’une thérapie sonore active ont présenté une amélioration significativement plus importante de leurs symptômes que les participants du groupe placebo.
Les bénéfices observés comprenaient notamment :
- une réduction du handicap et de la gêne liés à l’acouphène
- une diminution de l’intensité perçue de l’acouphène
- une amélioration globale rapportée par les participants
L’étude montre également que lorsque plusieurs options de thérapie sonore sont offertes, les patients tendent naturellement à privilégier les programmes incluant une amplification auditive malgré la perte légère. Ce résultat souligne l’importance de la thérapie sonore au sein d’une approche personnalisée dans la prise en charge des acouphènes.
Les auteurs rappellent toutefois que ces résultats ne doivent pas être interprétés comme une indication à la prescription systématique d’appareils auditifs chez toute personne présentant des acouphènes et une perte auditive légère. Les bénéfices observés ont été obtenus dans le cadre d’une prise en charge spécialisée associant évaluation clinique, retentissement fonctionnel, information du patient, accompagnement thérapeutique et adaptation individualisée des dispositifs.
La compréhension des facteurs pouvant contribuer aux difficultés du patient, tels que les troubles du sommeil, l’anxiété, la dépression, l’hyperacousie ou d’autres comorbidités, demeure un élément fondamental de la prise en charge. Dans de très nombreux cas, les explications fournies au patient, les conseils thérapeutiques et l’accompagnement clinique peuvent déjà permettre une amélioration significative de la tolérance aux acouphènes, la thérapie sonore venant compléter cette démarche lorsque cela est jugé pertinent.
« Cette étude apporte des données probantes de grande qualité montrant que certaines thérapies sonores, intégrées à une prise en charge spécialisée et individualisée, peuvent aider les personnes souffrant d’acouphènes chroniques invalidants associés à une perte auditive légère. Les résultats soulignent également l’importance de l’évaluation clinique préalable, de l’information du patient et de l’adaptation du traitement à ses besoins spécifiques. »
Les résultats répondent à un besoin largement reconnu par les recommandations cliniques internationales, qui soulignaient jusqu’à présent le manque d’essais contrôlés rigoureux évaluant les thérapies sonores dans les acouphènes.
Par ailleurs, les auteurs soulignent que la notion de « perte auditive légère » regroupe en réalité des profils auditifs très variés. Deux patients présentant des seuils audiométriques comparables peuvent rencontrer des difficultés très différentes dans la vie quotidienne, notamment pour comprendre la parole en environnement bruyant. Cette hétérogénéité renforce la nécessité d’une évaluation individualisée et d’une adaptation personnalisée des stratégies thérapeutiques.